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Wednesday, January 1, 2025

Onomastique et Éducation : Les Secrets des Prénoms Révélés par le Projet Mentions

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Le sociologue Baptiste Coulmont a récemment lancé le site "Projet mentions" , une plateforme innovante qui explore la relation entre les prénoms des candidats au baccalauréat et leurs résultats. Ce projet met en lumière comment les prénoms, en tant que marqueurs sociaux, peuvent refléter des tendances sociologiques au sein du système éducatif français.



Analyse des Prénoms et Résultats au Baccalauréat

Le site permet aux utilisateurs d'entrer un prénom et d'obtenir une répartition statistique des mentions obtenues par les porteurs de ce prénom entre 2012 et 2020. Les données, anonymisées et collectées uniquement auprès des candidats ayant autorisé la diffusion de leurs résultats, offrent une perspective sur la manière dont certains prénoms sont associés à des performances académiques spécifiques.

Le Nuage des Prénoms

Une fonctionnalité notable du site est le "Nuage des prénoms", qui visualise la fréquence et la répartition des mentions pour les prénoms les plus courants. Cette représentation graphique permet de comparer rapidement les performances académiques associées à différents prénoms, révélant des tendances potentielles en matière de réussite scolaire.

Implications Sociologiques

Le "Projet mentions" s'inscrit dans une démarche sociologique plus large visant à comprendre comment les prénoms, en tant que catégories sociales, peuvent être des indicateurs de position sociale et de trajectoires éducatives. En explorant ces données, Baptiste Coulmont souligne que les prénoms ne déterminent pas les résultats, mais reflètent indirectement l'origine sociale des individus.

Utilité pour la Recherche et l'Enseignement

Cette plateforme offre un outil précieux pour les chercheurs en onomastique et en sociologie, ainsi que pour les éducateurs souhaitant comprendre les dynamiques sociales au sein du système éducatif. En fournissant des profils de prénoms, le site peut également être utilisé pour anonymiser ou pseudonymiser des enquêtes, garantissant ainsi la confidentialité des participants.

En somme, le "Projet mentions" de Baptiste Coulmont offre une exploration fascinante des pratiques de dénomination et de leurs implications sociales, enrichissant notre compréhension des liens complexes entre identité personnelle et parcours éducatif.

Wednesday, February 9, 2022

Sociologie des prénoms

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Collection : Repères
Date de parution : 17/02/2022
Pour quelles raisons notre prénom dit-il autant de choses sur nous-même et sur les personnes qui nous l’ont donné ? Comment est-il choisi et utilisé ? Comment l’empire de la mode a-t-il remplacé l’emprise de la parenté ? Pourquoi les Kenza de maintenant seront-elles, demain, les Mauricette d’aujourd’hui ?
En deux siècles, le prénom est devenu un support personnel d’identité : le prénom de l’état civil est de plus en plus perçu comme exprimant le moi profond. En même temps, la ronde des prénoms obéit à la mode. Certains prénoms sont propres à une époque ou à une classe sociale : Apolline et Hippolyte n’ont pas les mêmes parents que Cynthia et Sofiane. À l’échelle d’une société, les prénoms permettent d’étudier l’affaiblissement des identités religieuses, la dilution de caractéristiques liées à la migration ou certaines formes de ségrégation. À l’échelle de petits groupes, leurs usages quotidiens permettent de saisir la répartition du pouvoir dans la famille ou dans le monde du travail.

Thursday, June 24, 2021

La transmission du prénom du père pendant la Première Guerre Mondiale


Résumé rapide d'un article paru dans le Journal of Interdisciplinary History en juin 2021 : lien vers l'article : https://direct.mit.edu/jinh/article/5... lien vers le blog https://coulmont.com/blog/2021/06/22/... lien vers le depo Github : https://github.com/nptodd Références complètes de l'article : Todd, Nicolas & Coulmont, Baptiste. Naming for Kin during World War I: Baby Names as Markers for War *Journal of Interdisciplinary History* 52(1), June 2021

Monday, February 15, 2021

Quand le prénom est le prénom du saint du jour


Parfois, le bébé reçoit le prénom du saint du jour. Est-ce fréquent ? Examen de quelques prénoms... Cette vidéo accompagne l'article du Monde : "Le prénom des gens : Valentin, l’amour à mort" https://www.lemonde.fr/m-perso/articl...

Monday, September 9, 2019

Le nuage des prénoms

source

Le nouveau projet de Baptiste Coulmont !!! Le prénom comme catégorie sociale.

Entre 2012 et 2019 plus de deux millions de résultats nominatifs au Bac (général et technologique) ont été récupérés. Les données portent sur les candidats ayant obtenu 8 ou plus de moyenne et ayant autorisé la diffusion de leurs résultats. Pour le graphique ci dessous, je n'ai retenu que les prénoms apparaissant plus de 200 fois. L'échelle de l'axe des ordonnées est logarithmique. Informations complémentaires ici.

Réalisé avec l'aide précieuse d'Etienne Côme.


Attention ! Les prénoms bougent tous un peu pour ne pas se superposer. Leur position finale diffère un peu de la position qu'ils auraient si les proportions et les effectifs étaient bien respectés.

Wednesday, July 31, 2019

Communautés de prénoms


lien (par Baptiste Coulmont)

Le monde social est complexe, mais pour le penser, il faut d’abord le simplifier. D’où la production de catégories, catégories savante ou du sens commun. C’est ainsi qu’on parlera de « prénoms arabes », de « prénoms juifs », de « prénoms turcs », de « prénoms aristocratiques »… en mélangeant aléatoirement et allègrement des ethnies, des positions sociales, des religions, ou des origines nationales et linguistiques. Faire cela, c’est ne pas rendre justice à la complexité du monde social ni à celle des classements quotidiens. Car ce qui est « arabe » pour certains est « méditerranéen » pour d’autres, par exemple, ce qui est « aristo » pour les uns est juste « moche et ringard » pour d’autres.

On peut cependant essayer de repérer des proximités et des distances entre prénoms, à partir des choix effectifs des parents. Notamment quand les parents ont plusieurs enfants. Si l’aîné est Augustin, la cadette sera-t-elle Clotilde ou Carla ? À partir des listes électorales parisiennes, j’ai constitué des « fratries » (à partir de l’année de naissance, du nom de naissance et de l’adresse d’inscription) : ce ne sont pas des fratries complètes (il n’y a que les personnes inscrites à Paris) et je capte sans doute de fausses fratries. Mais on fait avec ce qu’on a.


Le graphique suivant rapproche entre eux des prénoms qui sont assez souvent donnés au sein d’une même fratrie : à Paris, le frère d’Augustin c’est Timothée.

Les couleurs ont été déterminées par un algorithme de recherche de communautés, mais elles sur-interprètent les différences : il n’y a pas des archipels de prénoms, mais un grand continuum le long duquel l’on passe, insensiblement, de Philippine à Abdoulaye.

Certains “clusters” font sens. Ainsi, en bas à droite, on trouve un groupe de prénoms qui ont été donnés “en retard”. Le corpus utilisé contient des individus qui sont au plus âgés de 28 ans et au plus tôt nés en 1986. Les Delphine, Thierry, Stéphanie… nées après 1986 ont reçu ces prénoms alors qu’ils étaient déjà sur le déclin. Qu’ils apparaissent ici ensemble est le signe que les parents aiment ces “prénoms démodés” ensemble. Dans les années 1990, si l’ainée est Célia, la cadette ne sera pas Virginie.

lisez la suite en suivant le lien ci-dessus

Wednesday, July 3, 2019

Le deuxième prénom et la mention « très bien » au BAC

Baptiste Coulmont, "Le deuxième prénom et la mention « très bien »", créé le 24/06/2019, http://coulmont.com/blog/2019/06/24/le-deuxieme-prenom-et-la-mention-tres-bien/, accédé le 01/07/2019 [ISSN : 2269-1960]

Entre 2012 et 2018, 9,64% des candidates et candidats au bac (général ou techno) ont obtenu la mention “Très bien”. Ce fut le cas de 8,92% des candidats et candidates qui n’avaient qu’un seul prénom, et 10,5% des candidat.e.s avec 2 prénoms ou plus. Un écart de 1,5 points. Ou 17% en plus. Ou un ratio de 1,17..


Bien entendu, ce n’est pas le prénom en lui-même qui joue : les copies sont anonymes. Et le second prénom est le plus souvent invisible : de qui connaissez-vous tous les prénoms ? Mais la probabilité d’avoir plusieurs prénoms n’est pas aléatoirement répartie sur l’espace social. Pour dire bref, les parents du haut de l’échelle sociale donnent plus fréquemment plusieurs prénoms à leurs enfants. 40% des Jessica ont plus d’un prénom, c’est le cas de 59% des Apolline. Et c’est une pratique à laquelle n’ont pas souvent recours les immigrés d’Afrique du nord (ou leurs descendants ?) : Seuls 10% des Yassine ont plus d’un prénom.
Cependant, l’effet associé aux prénoms multiples n’est pas restreint aux classes supérieures, bien au contraire.

lisez la suite pour découvrir les détails: lien

Wednesday, July 19, 2017

Les prénoms et la mention au bac’ 2017

Blog de Baptiste Coulmont

Le monde social est fait de routine et de familiarité. De surprises parfois, de fascinations, mais d’habitudes aussi. C’est pourquoi, cette année encore, les toutes nouvelles bachelières prénommées Diane ont plus souvent obtenu la mention « Très bien » que leurs camarades prénommées Cindy ou Morgan.

Plus de 20% des Adèle, Diane, Anna, Théophile et Juliette ont obtenu la plus haute mention. C’est le cas de 5% environ des Cassandra, Anissa et Anthony.



Pour en savoir plus, Monsieur Coulmont a écrit un petit texte pour l’INED On ne nomme jamais, on classe.
Et il a aussi, au cours des années précédentes, montré l’intérêt de cette étude : en 2016 ou encore en 2015… 2014,20132012 ou 2011. Vous pouvez aussi lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].

Enfin un mini-site interactif qui vous permet de consulter les résultats de votre prénom est disponible ici : http://coulmont.com/bac/


Wednesday, September 7, 2016

Le choix des prénoms des enfants de migrants

http://coulmont.com/recherche/

Plans de recherche onomastique de Prof. Baptiste Coulmont



Pendant l’année 2016-2017, je suis en délégation pour recherches à l’INED, l’Institut national d’études démographiques. Le but de cette année de travail est de comprendre, à partir de l’enquête Trajectoires et Origines (TeO), le choix des prénoms des enfants de migrants, en France.

Quels prénoms ?

Depuis le 1er septembre, et pour un an — jusque fin août 2017 donc —, je suis en délégation pour recherches à l’INED. Mon travail va porter sur les prénoms que les immigrés (et les descendants d’immigrés) donnent à leurs enfants, à partir de l’enquête TeO. C’est une étude que j’avais commencée il y a quelques […]

L’accès sécurisé aux données

Jusque dans les années 1960-1970, l’accès aux données administratives était relativement facile aux sociologues. Depuis le développement des législations protégeant la vie privée des acteurs sociaux, c’est plus compliqué. Heureusement, la plupart du temps, la sociologue n’a pas besoin d’informations comme le revenu déclaré par les individus et les ménages habitant telle adresse. Mais parfois, […]

Changer de prénom (article du Monde)

Si vous arrivez ici suite à l’article du Monde (daté du 24 avril 2012), voici quelques précisions sur mon travail. Comme précisé dans la partie Recherche du site, je mène actuellement une recherche sur les changements de prénoms dans le cadre d’une convention avec la Mission de recherche droit et justice. Cette recherche est centrée […]

La défrancisation

Il est possible de franciser ses prénoms et son nom de famille en acquérant la nationalité française. C’est une procédure à la signification ambigüe : d’un côté elle permet à des citoyens de ne plus être perçus — à distance — comme des étrangers; de l’autre elle manifeste une sorte de “nationalisme onomastique” [on appelle […]

Prénoms et immigration : Les enfants de Mohamed et Larbia Dupont s’appellent Yanis et Ines

Quels prénoms les immigrés donnent à leurs enfants ? Plusieurs articles ont paru récemment sur le sujet (Arai et al. 2009; Becker 2009; Gerhards et Hans 2009; Valetas et Bringé, à paraître; Sue et Telles 2007). Deux sur la France, deux sur l’Allemagne, un sur les USA. Voici quelques mots, un peu dans le désordre. […]

Bouts de marabouts

Fonds de tiroirs, à vider avant les vacances. Flyers de marabout… Un peu de cartographie, extraite d’un ouvrage de Liliane Kuczynski : C’est là un bel exemple d’utilisation sociologique d’un corpus. Il faudrait voir si, entre 1993 et aujourd’hui, la dispersion des marabouts à Paris a été modifiée… Des collections systématiques de flyers devraient permettre […]

La francisation

Il est possible, au moment d’être naturalisé français, de demander la “francisation” de son prénom (ou de son nom de famille). Quelques 6% des naturalisés, au milieu des années 2000, acceptent cette francisation : le plus souvent, c’est le prénom qui est francisé.


Saturday, July 11, 2015

Prénoms et mentions au bac, édition 2015

http://coulmont.com/blog/2015/07/08/prenoms-mentions-bac-2015/

bac2015mentionprenoms

Baptiste Coulmont a récupéré les prénoms des quelques 350 000 candidats qui ont obtenu 8 ou plus au bac général et technologique de 2015. Pas pour le plaisir, mais parce que l’étude des prénoms fait partie de ses centres d’intérêt professionnel (il est l’auteur de Sociologie des prénoms, un petit ouvrage publié par les éditions La Découverte).
Le graphique ci-dessus représente, en abscisse la proportion de mention “Très bien”, et en ordonnées le nombre de candidats, le tout par groupe de prénom. 22% des 328 Joséphine ont obtenu la mention “Très bien”, à comparer avec 2,6% des 982 Dylan. Il y a beaucoup de Camille (près de 4000) et relativement peu d’Alban (environ 200) et leur proportion de mention “Très bien” est semblable (environ 11,5%).
Il est possible de lire le graphique plus en détail.
Au centre du graphique, de haut en bas, on peut lire une transposition du palmarès des naissances de 1997 : Thomas, Alexandre, Nicolas, Camille, Maxime, Lea, Manon, Quentin, Marie sont les prénoms les plus appréciés des parents à cette époque. Mais si Nicolas est au 3e rang des naissances, il est au 13e rang en nombre de candidats au bac général et technologique (ci-après G/T). Un bon nombre de Nicolas n’ont pas survécu jusqu’à la terminale G/T : sortie précoce du système scolaire, orientation vers un bac pro. Les filles survivent mieux : les prénoms féminins comme Camille ou Marie gagnent ont un rang plus élevé dans la population des bacheliers.
Plus largement, certains prénoms gagnent de nombreuses places au palmarès des prénoms fréquents à la naissance et au bac : Joséphine est, en 1997, le 277e prénom le plus donné aux bébés, c’est le 199e prénom le plus fréquent chez les bacheliers G/T. Hortense, Astrid, Segolene, Apolline, Philippine, Annabelle, Lucille, Diane, Eugenie, Mailys, Louison, Lauren ou Mariam gagnent chacunes plus de 80 places. De leur côté les prénoms Cynthia, Nabil, Alison, Esteban, Jordan, Wendy perdent 80 places. Ils survivent moins que d’autre aux rigueurs du système scolaire. C’est ainsi que la population des bacheliers G/T ne ressemble pas à la population des bébés de 1997.
Ainsi, celles et ceux qui survivent le mieux : Joséphine, Apolline, Capucine, Gabrielle, Clotilde, Alix, Adèle, Constance… sont celles et ceux qui obtiennent fréquemment une mention “Très bien”. De l’autre côté, ceux qui ont presque totalement été éliminés (sur les 969 Brandon nés en 1997, nous n’en trouvons plus que 112, c’est à dire 11%, au bac G/T) sont aussi ceux qui obtiennent moins souvent cette mention distinctive.
Prendre comme variable la mention “Très bien” intensifie a priori les écarts entre groupes de prénoms (indicateurs imparfaits de l’origine sociale), et il serait possible de signaler a contrario que 80% des Adèle n’obtiennent pas cette mention. Mais prendre une autre variable (le taux de survie) conduirait à la mise en évidence d’écarts aussi puissants. Quand on comprend que ces deux variables interagissent, l’on comprend que l’école n’est un lieu heureux que pour une toute petite partie d’entre nous.

Pour en savoir plus, vous pouvez examiner les graphiques des années précédentes : 2014,20132012 ou 2011… ou lire Sociologie des prénoms (édition La Découverte) [sur amazon, dans une librairie indépendante].
Par ailleurs un mini-site interactif qui vous permet de consulter les résultats de votre prénom est disponible ici : http://coulmont.com/bac/

Friday, May 8, 2015

Les particules électorales

http://coulmont.com/blog/2015/04/24/les-particules-electorales/

Billet publié le 24/04/2015

Les fichiers nominatifs des candidatures aux élections locales, en France, permettent de repérer des candidates et des candidats portant des “noms à particule”, que j’appelle des “nobles” (même si, je sais…).
J’avais exploré, il y a quelques années, les noms des candidates à la députation. Est-ce que le gradient politique repéré alors (plus de nobles à droite qu’à gauche) est aussi visible lors des départementales ?
Le tableau suivant synthétise les données. Je n’ai enlevé que les “Autres Extrême Droite” qui n’étaient pas nombreux. Là encore, “Monsieur de Puypeu” et “Madame de Horan” sont plus présents à droite qu’à gauche. Le MoDem, présidé par un admirateur d’Henri IV, le FN, qui possède une branche royaliste maurassienne et “Debout la France” (qui n’est pas le groupuscule présidé par Philippe de Villiers, mais qui est un autre groupe à la droite de la droite présidé par Nicolas Dupont-Aignan). Mes nobles de gauche sont, assez souvent, des De Almeida ou des De Souza dont je n’ai pas trouvé la trace dans le Bottin Mondain.

Départementales 2015Nb ManantsNB Particule% Nobles
PartiGauche17600
Régionalistes18500
DVG173630,17
FrontGauche102950,48
SOC2423130,53
RadicalGauche17210,58
PCF150290,6
DIV46540,85
EELV1064111,02
ExtremeGauche8111,22
UDI790121,5
DVD2174371,67
UMP1821321,73
DeboutLaFrance28362,08
FN3727962,51
MoDEM22462,61
Ecologistes(Autres)6822,86

Le gradient politique est maintenu.
Si l’on examine maintenant les 933 000 candidatures aux élections municipales de 2014, nous voilà confrontés à un petit problème. Nombreuses, très nombreuses sont les listes sans affiliation politique. Impossible de produire aussi rapidement la même analyse.
Mais il est possible de repérer l’inégale répartition, sur le territoire métropolitain, des descendants du Second Ordre. Il y a une géographie locale de la noblesse et il est aussi possible de repérer que le Diocèse de Paris compte un bon nombre de prêtres à particule. De la même manière, Paris attire la noblesse. 2,7% des candidats, à Paris, portent une particule, et ce n’est le cas que de 0,3% des candidats du Bas Rhin (j’avoue ne pas avoir considéré les von Kälkechoz comme des nobles). À Versailles même, les candidats à particule représentent plus de 11% de l’ensemble des candidats aux municipales.

noblescandidats-municipales-carte
Voici le TOP 14 des communes de plus de 50 000 habitants ayant la proportion la plus importante de candidats à particule :

Versailles11,6
Paris 7eme secteur11,1
Neuilly-sur-Seine5,6
Paris 16eme secteur4,8
Paris 5eme secteur4,5
Paris 15eme secteur3,9
Vannes3,8
Colombes3,3
Asnières-sur-Seine3,2
Annecy3,1
Sartrouville3,0
Saint-Maur-des-Fossés2,6
Nantes2,6
Boulogne-Billancourt2,5

Il serait sans doute plus utile de travailler à partir de la liste des quelques 3000 noms de famille que l’on trouve dans les annuaires de la “véritable” noblesse, et de distinguer ainsi, parmi les particules, les prétendues et les autres.

Municipales 2014NbManantsNbNobles%Nobles
Communistes4657210,449
PartiGauche181790,493
ExtremeGauche12743660,515
DiversGauche1078716340,584
PartiSocialiste291221820,621
FrontGauche13648910,662
MoDem2829190,667
UnionGauche301562120,698
UDI133081090,812
SansEtiq40300533390,822
Divers859587170,827
Verts5288460,862
DiversDroite14755114650,983
UMP227842621,137
UnionCentre2346311,304
FrontNational199062851,412
UnionDroite208393041,438
ExtremeDroite760151,935

Un dernier graphique : dans les communes où l’on trouve peu de nobles sur les listes de candidats tout comme dans les communes dans lesquelles on trouve beaucoup de nobles sur les listes, le gradient politique est maintenu. Les partis situés à gauche rechignent à la particule.

nobles-listes-municipales

Si l’on s’intéresse aux professions des élus, on retrouvera un gradient social. 4% des élus municipaux qui sont “magistrats” sont nobles. Ce n’est le cas que de 0,2% des élus qui sont “agents subalternes des entreprises publiques”.

Professions% Nobles
Magistrat4,07
Propriétaire3,48
Conseiller juridique3,28
Administrateur de sociétés3,06
Avocat2,95
Grands corps de l’état2,77
Notaire2,11
Homme de lettres et Artiste1,90
Agent d’assurances1,81
Journaliste et autre média1,76
Marin (patron)1,72
Agent immobilier1,69
Industriel-Chef entreprise1,68
Cadre supérieur (secteur privé)1,63
Vétérinaire1,58
Ingénieur conseil1,44
…[coupure]……///…
Salarié agricole0,50
Employé (autres entrep. publiques)0,50
Retraité de l’enseignement0,49
Ouvrier (secteur privé)0,48
Fonctionnaire de catégorie C0,45
Retraité des entreprises publiques0,42
Agent subalterne (entr.publiques)0,20
Source : Fichier des élus municipaux. Calculs B. Coulmont
Licence ODbL © IdeesLibres.org 04/2014, Ministère de l’Intérieur 03/2014
Est « Noble » tout porteur de nom à particule

D’autres documents s’avèrent intéressants : par exemple la liste des parrainages aux présidentielles. Les particules, là encore, sont inégalement réparties entre les candidats. 13% des parrains de Christine Boutin — située à la droite de la droite catholique — portent une particule. Ce n’est le cas que de 0,2% des parrains de Robert Hue, qui se présentait sous l’étiquette du Parti Communiste.

Candidat%Nobles
Christine Boutin13,2
Philippe de Villiers6,7
Jean-Marie Le Pen5,1
Edouard Balladur4,2
Alain Madelin2,8
Nicolas Sarkozy2,4
Jacques Chirac1,9
Jacques Cheminade1,8
François Bayrou1,7
Frédéric Nihous1,6
Jean Saint-Josse1,6
Brunot Mégret1,4
Lionel Jospin1,2
Ségolène Royal1,2
Corinne Lepage1
Daniel Gluckstein1
Arlette Laguiller0,6
José Bové0,6
Olivier Besancenot0,5
Christiane Taubira0,4
Marie-George Buffet0,4
Dominique Voynet0,2
Gérard Schivardi0,2
Noël Mamère0,2
Robert Hue0,2
Jean-Pierre Chevènement0

Thursday, October 30, 2014

La carte des électeurs parisiens portant un nom à particule


Que faire avec ses Saints ?

http://coulmont.com/blog/2014/05/13/que-faire-avec-ses-saints/


Billet publié le 13/05/2014
Les Saints disparaissent de la scène publique. De moins en moins de bébés reçoivent, à la naissance, un prénom inscrit dans le calendrier liturgique français.
saints-chute
Mais les Saints se maintiennent à un niveau supérieur à 30% des naissances jusqu’au début des années 2000. Le Saint pourrait donc être un indicateur intéressant : il capture de l’âge, de l’origine nationale, et peut-être des orientations culturelles (il me semble clair que la liste des Saints catholiques n’est pas une liste à l’attrait universel).
La proportion d’électeurs (et d’électrices) avec un prénom de Saint (ou de Sainte) dessine donc un espace parisien bien connu. Les Saints s’exhibent dans le septième arrondissement, dans toute leur gloire. Ils sont plus discrets dans le dix-neuvième.
prenomssaints
Les Saints n’ont pas perdu toute leur efficacité : ils font encore de l’effet. Le jour de la Saint-N (quel que soit le prénom de Saint), il va naître en moyenne 1,7 fois plus de bébés portant ce prénom (avant 1970) que lors du reste de l’année. On passe à 1,35 fois plus pour les bébés nés après 1970. Les Saints perdent quand même en efficacité.
saint69
saints70
[Note : l'effet est massif, mais concentré sur une journée. Prenons le prénom "Zyxtof" : il va naître, chaque jour de l'année, en moyenne 0,27% des Zyxtof de l'année. Le jour de la Saint-Zyxtof, il naîtra 0,37% des Zyxtof de l'année. Ce qui fait que les Zyxtof ont quand meme 99,6% de chance de naître ailleurs que le jour de la Saint-Zyxtof.]
Signe de sécularisation ? de dissociation du catholicisme et de la nomination ? La conférence des évêques semble être consciente d’un retournement de civilisation : si l’on ne montre plus ses Saints, il faut amener les Saints en face des demandeurs. Sur le site “nominis.cef.fr“, il est ainsi possible d’entrer un prénom (Kaicy ? Stanley ? Jennifer ?) et de trouver le Saint associé. L’Eglise rattrape ainsi l’exubérance parentale, en proposant [principalement aux grands-parents, me dit-on] l’association à une lignée croyante a posteriori. N’ayez pas peur : vous avez tous des Saints !
Sur ce, puisque nous sommes le 13 mai, bonne fête à toutes les Fatima !

Wednesday, June 12, 2013

Noms et prénoms: Établir l’identité dans l’empire du choix

Virginia Descoutures and Baptiste Coulmont organize on December 11, 2013 at the INED (Institut National d'Etudes Démographiques) a one-day colloquium "Last and First Names: Establishing Identity in the Empire of Choice"  on the constraints related to forenames and surnames, now when the law allows almost any ...



http://coulmont.com/nomprenom/

Argumentaire
Le prénom et le nom de famille sont les premiers éléments que nous utilisons pour identifier et se faire identifier au sein de la société. Le nom de famille nous rattache à une certaine lignée (par la filiation) tandis que le prénom laissé au libre choix des parents permet de s’individualiser. Alors que, jusqu’à récemment, des habitudes locales et coutumières ou des règles juridiques restreignaient fortement la transmission du nom de famille ou l’inscription du prénom à l’état civil, il semble que les hommes et surtout les femmes disposent désormais d’une plus grande liberté de dénomination. Quel usage est-il fait de cette liberté ?
Le processus de libéralisation est bien visible en France. La loi du 8 janvier 1993 révise l’état civil et la filiation en supprimant tout contrôle a priori sur le choix du prénom et en facilitant les changements de prénom. Plus récemment, c’est le nom de famille qui s’est inscrit dans ce qui apparaît à première vue comme un « empire du choix ». La loi du 4 mars 2002, entrée en application en 2005 et portant réforme du nom de famille permet en effet aux parents de choisir, lors de la déclaration de naissance, de transmettre à leur(s) enfant(s) soit le nom du père, soit celui de la mère, soit encore un « double nom », c’est-à-dire un nom constitué des noms de chacun des parents « accolés dans l’ordre choisi par eux dans la limite toutefois d’un nom de famille pour chacun ». De même très récemment la Direction des affaires civiles et du Sceau a commencé à accepter les demandes de certaines personnes souhaitant retrouver leur nom de famille d’origine (après une francisation de ce dernier).
Mais ce processus est aussi visible ailleurs : en 1978 le Conseil de l’Europe adopte une résolution qui recommande aux Etats membres d’assurer ou de promouvoir l’égalité des époux en droit civil, notamment en ce qui concerne l’attribution du nom de famille. Pour autant les législations des pays européens divergent : les pays nordiques, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse doivent choisir entre le nom du père et celui de la mère ; en Espagne et au Portugal il est possible (comme en France mais aussi depuis 1981 au Québec) de transmettre soit le nom de la mère, soit celui du père, soit les deux noms accolés dans l’ordre choisi par les parents, tandis que la Belgique et l’Italie n’autorisent à ce jour que la transmission du patronyme.
Des contextes nationaux différents semblent donc s’inscrire à présent dans une conception à la fois plus libérale du droit au nom et au prénom, et plus égalitaire (entre les femmes et les hommes), dans laquelle importe l’expression de la volonté. Mais cette libéralisation est partielle, « l’empire du choix » n’est peut-être qu’une façade. Elle reste soumise aux centres d’intérêts de l’État : sécurisation de l’identité et des papiers d’identité, informatisation de l’état civil etc. L’identité onomastique est ainsi peut-être beaucoup plus fixe et cristallisée aujourd’hui qu’elle pouvait l’être par le passé, quand les noms d’usage pouvaient s’imposer.
Elle reste aussi soumise à l’empire du national : noms et prénoms sont des marqueurs (ou perçus comme tels) de l’origine nationale des ascendants et ascendantes. Ils peuvent ainsi servir de support de discrimination, de revendication identitaire mais aussi de stratégie d’invisibilisation.
Enfin elle reste soumise à la domination masculine, intériorisée tant par les hommes que par les femmes, aux implicites des rapports sociaux de sexe. Le choix de la transmission d’un nom de famille peut désormais faire l’objet de négociations entre parents. Or l’Insee indique que près de 83% des enfants nés en 2012 portent uniquement le nom de leur père ; quand 8,5% d’entre eux portent le double nom, la première position revient au nom du père dans la majorité des cas (environ quatre fois sur cinq). Que disent ces parents qui éprouvent une plus grande satisfaction à être tous les deux représentés dans le nom de leur enfant ? Que disent les femmes qui conservent leur patronyme et celles qui adoptent celui de leur conjoint ? Quels choix font-elles en fonction des différentes législations ?
Tout choix était-il impossible sous le Code Napoléon ? Comment le nom se transmettait-il dans le cas de mariage « en gendre » (quand le gendre venait habiter dans la terre de son épouse, prenait-il le nom de la terre) ? Dans quelles circonstances certaines femmes ont-elles réussi à transmettre leur nom ? Quel jeu était alors possible avec les règles juridiques et coutumières ? Quelles furent, quelles sont, les mobilisations de juristes ou de « cause lawyers » autour du nom et du prénom ? Comment les juges, les élus et le pouvoir exécutif, depuis une soixantaine d’années, ont-ils ouvert, par étape, un processus de libéralisation ?
Dans quelle mesure nom et prénom sont-ils supports de discriminations (liées à l’origine, au sexe) sur le marché du travail (ou ailleurs) ? Le prénom, dans la quasi-totalité des cas, a un genre, qui correspond au sexe de l’état civil (bien que cette correspondance ne soit pas requise en droit). L’identité revendiquée – par le choix d’un nom ou d’un prénom particulier – a-t-elle un « coût » ?
Le sens commun présente souvent la prédominance du patronyme comme le pendant « naturel » de la grossesse et de l’accouchement, aux hommes le symbolique et aux femmes le « charnel ». Ces distinctions entre culture et nature, production (le nom peut être perçu comme un capital social, symbolique et culturel) et reproduction ne sont pas nouvelles, ces représentations sont-elles toujours d’actualité ? Pour autant, l’attachement au patronyme de nos jours revêt-il la même signification qu’autrefois ?
Enfin qu’en est-il en dehors du contrôle étatique ? Quand des institutions plus ou moins solides (Églises, sociétés « secrètes », mondes artistiques) développent en toute « liberté » des usages particuliers du nom (nom de religion, pseudonymes etc.) les règles que les individus se donnent sont-elles homologues aux règles de droit ?
Il s’agit donc, dans ce colloque, de prendre pour acquis nombre de travaux ayant indiqués combien nom et prénom servent à matérialiser l’identité sociale, et d’étudier des situations empiriques mouvantes, changeantes, quand le choix offert peut servir de révélateur des contraintes symboliques. Ce colloque s’organisera autour de la présentation pluridisciplinaire de travaux de recherche empirique.

Modalités de soumission
Les propositions, entre 1500 et 3000 signes maximum, sont attendues pour le 1er juillet 2013. Elles sont à envoyer à baptiste.coulmont@univ-paris8.fr et virginie.descoutures@ined.fr
Après évaluation les réponses parviendront avant fin juillet.

Comité scientifique :
Tiphaine Barthélémy, Professeure de sociologie et d’anthropologie sociale (CURAPP, Université de Picardie Jules Verne)
Anne-Marie Devreux, Sociologue, Directrice de recherche au CNRS (CRESPPA-CSU, Université Paris 8)
Agnès Fine, Anthropologue, Directrice d’études à l’EHESS (LISTT-Cas, Université Toulouse Le Mirail)
Wilfried Rault, Sociologue, Chargé de recherche (Ined)

Comité d’organisation :
Baptiste Coulmont, Sociologue, Maître de conférences (CRESPPA-CSU, Université Paris 8)

Virginie Descoutures, Sociologue, Allocataire post-doctorante de l’IEC (Ined & CRESPPA-GTM)


Bibliographie indicative
[collectif] [2002], Controverse “Le nom du père en question.” Travail, Genre et Sociétés, 7, p.173–191.
Brunet, G., Darlu, P. & Zei, G. eds. [2001], Le patronyme: histoire, anthropologie, société, Paris: Editions du CNRS.
Combes, D. & Devreux, A.-M. [1991], Construire sa parenté. Reconnaissance, légitimation, dénomination des enfants, CSU (Centre de sociologie urbaine) – IRESCO/CNRS.
Coulmont, B. [2011], Sociologie des prénoms, Paris: La Découverte.

Duchesne, L. [2006], Les noms de famille au Québec: aspect statistique et distribution spatiale, Québec (Canada): Institut de la statistique du Québec.
Feschet, V. [2004], La transmission du nom de famille en Europe occidentale (fin XXe-début XXIe siècles). L’Homme. Revue française d’anthropologie, [169], p.61–88.
Fine, A. ed. [2008], États civils en questions. Papiers, identités, sentiment de soi., Paris: Éditions du CTHS.
Fine, A. & Ouellette, F.-R. eds. [2005], Le Nom dans les sociétés occidentales contemporaines, Toulouse: Presses universitaires du Mirail.
Lefebvre-Teillard, A. [1990], Le nom. Droit et histoire, Paris: Presses universitaires de France.
Lieberson, S., Dumais, S. & Baumann, S. [2000], The instability of Androgynous Names: The Symbolic Maintenance of Gender Boundaries. The American Journal of Sociology, 105[5], p.1249–1287.
Masson, C. & Felzenszwalbe, N. [2012], Rendez-nous nos noms ! : Quand les juifs revendiquent leur identité perdue, Desclée de Brouwer.
De Pina-Cabral, J. [2010], The truth of personal names. Journal of the Royal Anthropological Institute, 16[2], p.297–312.
Pinçon, M. & Pinçon-Charlot, M. [1990], Le nom de la lignée comme garantie de l’excellence sociale. Ethnologie française, 20[1], p.91–97.
Schulz, M. [2009], Filiation et nom 2e éd., Paris: Berger-Levrault.
Sue, C.A. & Telles, E.E. [2007], Assimilation and Gender in Naming. American Journal of Sociology, 112[5], p.1383–1415.
Valetas, M.-F. [1992], Avenir du nom de la femme et transformation des structures familiales. Population, 47[1], p.105–132.
Valetas, M.-F. [2002], La subordination patronymique de la femme. Travail, genre et sociétés, 7, p.180–184.
Weber, F. [2005], Le sang, le nom, le quotidien. Une sociologie de la parenté pratique, Montreuil: Aux lieux d’être.