Du 3 au 5 septembre 2026, l’Université Rennes 2 a accueilli le XXIe Colloque d’onomastique, organisé conjointement par le CELTIC-BLM et la Société française d’Onomastique (SFO). Le programme réunissait vingt-sept communications - 28 auteurs au total - autour de deux axes étroitement liés : « Onomastique et langues régionales » et « Richesse onomastique de la Bretagne ». La manifestation s’est déroulée à l’amphithéâtre T du campus Villejean.
L’ouverture officielle, le 3 septembre, fut assurée par Jérôme Eneau, vice-président Recherche et Valorisation de Rennes 2, Stéphane Gendron, président de la Société française d’Onomastique, et Erwan Hupel, directeur du CELTIC-BLM.
Quelques jours après la clôture, un constat s’impose cependant. Une recherche ciblée dans les pages universitaires, bases bibliographiques, blogs, médias régionaux et contenus publics indexés de LinkedIn, Facebook, Instagram, X et Bluesky n’a pas permis de retrouver de véritable compte rendu post-colloque, de reportage photographique substantiel ou de synthèse des discussions. Le colloque est beaucoup plus visible sur Internet par les annonces qui ont précédé sa tenue que par les publications qui l’ont suivie.
Cette absence ne signifie évidemment pas que rien n’a été publié dans des comptes privés ou des espaces non indexés. Mais, au 9 septembre 2026, la documentation publique disponible permet surtout de reconstituer la portée scientifique de la rencontre à partir du programme, de l’appel à communications et, pour plusieurs intervenants, de leurs travaux déjà publiés.
Et cette reconstruction révèle un colloque remarquablement cohérent.
Un programme construit autour d’une idée forte
L’appel à communications formulait clairement le présupposé scientifique de la rencontre : l’onomastique ne peut être dissociée du contexte géolinguistique dans lequel les noms se sont formés. Les toponymes conservent l’histoire linguistique des territoires ; les anthroponymes transmettent eux aussi des indices sur l’origine culturelle et linguistique des communautés. Les noms peuvent préserver des traits lexicaux, phonétiques ou sémantiques après leur disparition de la langue courante et devenir ainsi des témoins d’états linguistiques anciens.
Il ne s’agissait donc pas simplement de rechercher « l’étymologie » de différents noms. Au fil des trois journées, les communications ont plutôt abordé une question commune :
Que devient un nom lorsque la langue qui l’a créé change, recule, entre en contact avec une autre langue ou cesse d’être comprise par ses propres locuteurs ?
I. Quand le nom survit à la langue : l’espace gallo-roman
La première journée, entièrement consacrée à « Onomastique et langues régionales dans l’espace gallo-roman », permettait d’observer ce phénomène à différentes échelles : microtoponymie, noms de famille, odonymie, littérature et dialectologie.
Caroline Calvet - La microtoponymie de l’Aubrac : transparence formelle pour le linguiste et opacité sémantique pour l’usager
Le titre résume l’un des paradoxes les plus intéressants de l’onomastique. Un toponyme peut continuer à être prononcé quotidiennement alors que son sens originel est devenu opaque à ceux qui l’emploient. Le linguiste, grâce à la dialectologie et à la comparaison historique, peut parfois reconnaître dans cette forme devenue incompréhensible un lexème ou un trait phonétique ancien.
La communication s’inscrit dans les recherches de Caroline Calvet sur l’Aubrac, le territoire, les pratiques linguistiques et le patrimoine toponymique. Il serait toutefois imprudent, faute de résumé post-colloque, d’attribuer à son intervention des conclusions plus précises que celles indiquées par son titre.
Isabelle Collomb - Les lieux d’accueil des voyageurs dans la toponymie occitane
Ici, nous disposons de davantage de contexte. La thèse d’Isabelle Collomb, soutenue en 2024, porte sur plus de 10 000 toponymes et microtoponymes des Causses du Quercy. Son organisation thématique comprend précisément les lieux d’accueil, à côté de l’hydronymie, de la vigne, des frontières ou de la zootoponymie.
Sa communication de Rennes paraît donc avoir extrait de ce vaste corpus une catégorie fonctionnelle particulièrement révélatrice : les noms associés aux auberges, relais, étapes, passages et autres lieux permettant de recevoir ou de faire circuler les voyageurs. Ce sont les traces linguistiques d’une géographie sociale ancienne, autant que d’une géographie physique.
Francescu Maria Luneschi - Toponymie orale, toponymie officielle et traitement de la variation diamésique en Corse : l’exemple de la commune de Piana
Avec Piana, le problème n’est plus seulement celui du sens, mais celui de la coexistence entre un nom dit et un nom écrit. La notion de variation diamésique renvoie précisément à la différence entre les canaux de transmission : oralité, écriture, cartographie ou administration.
Le titre suggère ainsi une confrontation entre le patrimoine toponymique transmis oralement en corse et les formes fixées ou normalisées par les institutions. Le nom n’est plus une unité immobile : il possède des variantes dépendant de ceux qui le prononcent, l’écrivent ou l’enregistrent.
Joan Peytavi Deixona - Patronyme et identité en Catalogne française
Le cas catalan déplace l’observation vers l’anthroponymie. Les recherches antérieures de Joan Peytavi Deixona ont précisément étudié les problématiques patronymiques de la Catalogne du Nord et la francisation des noms de famille entre les XVe et XXIe siècles.
Dans une région où l’histoire du français et du catalan s’entrecroise, le patronyme peut devenir beaucoup plus qu’un identifiant administratif : il constitue parfois la dernière forme quotidiennement visible d’une langue familiale ou territoriale.
Vincent Rivière - Vigne et toponymie, œnomastique et vins : une culture en bouche
Cette communication ouvrait le colloque à ce que l’on pourrait appeler le paysage nommé de la viticulture. Les noms de parcelles, domaines, terroirs, crus et vins forment des chaînes onomastiques dans lesquelles paysage, production agricole, marketing et mémoire culturelle se rencontrent.
Le titre seul ne permet pas de reconstruire les exemples précis présentés à Rennes ; il révèle cependant l’intérêt d’associer toponymie et œnomastique plutôt que de considérer séparément le lieu et le produit qui en porte le nom.
Samira Bahej - L’onomastique symbolique et territoriale dans l’œuvre de Jean Giono
Avec Giono, le colloque passait du territoire réel au territoire littéraire. Les noms chez un écrivain peuvent fonctionner comme références géographiques, mais également comme instruments de symbolisation. Ils organisent un espace narratif et lui donnent une identité.
L’intérêt de cette communication tenait ainsi à rappeler que l’onomastique régionale ne se limite pas aux cartes, cadastres et archives : la littérature transforme elle aussi les paysages en systèmes de noms.
Les six premières communications formaient les trois premières sessions de la journée.
Gérard Taverdet - La Chaux, un nom de lieu entre la toponymie et la dialectologie
Le titre de Gérard Taverdet plaçait presque littéralement le nom à la frontière entre les deux disciplines qui structuraient le colloque. Un type toponymique ne peut être compris uniquement par la comparaison de formes écrites : sa distribution et ses variantes dialectales peuvent être indispensables à son interprétation.
Stéphane Gendron - L’onomastique dans les glossaires de parler tourangeaux
Stéphane Gendron choisissait quant à lui une source souvent sous-exploitée : les glossaires dialectaux. Ceux-ci peuvent conserver des appellatifs et des formes locales permettant d’éclairer des toponymes devenus opaques.
La communication paraît ainsi avoir démontré l’utilité réciproque de deux traditions documentaires : le glossaire dialectal explique parfois le nom, tandis que le nom propre témoigne parfois d’un mot que le parler vivant a perdu.
Jean-Claude Bouvier - Formations dialectales dans l’odonymie : l’exemple de Marseille
Enfin, Jean-Claude Bouvier transportait cette dialectologie des noms jusque dans l’espace urbain. L’odonymie marseillaise offre un terrain particulièrement riche pour observer ce qui subsiste des formations régionales dans les noms des rues, voies et quartiers.
Ces trois interventions clôturaient la première journée.
Une idée se dessinait déjà : un nom peut rester en usage beaucoup plus longtemps que le mot ou la langue qui l’a produit.
II. Du Grand Est au Yucatán et au Maghreb : les noms au contact des langues
Le 4 septembre, l’échelle du colloque changea radicalement. Après deux communications françaises, les sessions intitulées « Onomastique et langues régionales dans le monde » conduisirent les participants de la Belgique au Mexique, de la Guinée équatoriale à Fès et au monde amazigh.
Michel Tamine - Quelques agrotoponymes champardennais
Les agrotoponymes constituent une mémoire particulièrement concrète des pratiques agricoles : cultures, usages du sol, formes de parcelles, végétation ou techniques anciennes peuvent rester lexicalisées dans les noms longtemps après leur disparition du paysage.
La communication de Michel Tamine rappelait ainsi que la toponymie constitue aussi une documentation sur l’histoire économique et rurale des territoires.
Maryna Darafeyenka - La richesse sémantique des toponymes urbains du Grand Est
Maryna Darafeyenka déplaçait cette approche du monde rural vers la ville. La « richesse sémantique » annoncée par le titre suggère une analyse des motivations et des strates de nomination dans l’espace urbain du Grand Est.
Faute de publication retrouvée correspondant exactement à la communication rennaise, il faut néanmoins éviter d’inventer le corpus ou les catégories qu’elle aurait présentés.
Pierre-Olivier Pire - L’onomastique flamande comme vecteur de l’affirmation identitaire belge dans La Légende d’Ulenspiegel de Charles De Coster
Avec De Coster, le nom flamand entre dans une construction littéraire de l’identité belge. L’onomastique y devient non seulement réaliste ou pittoresque, mais idéologique : choisir et organiser des noms permet d’inscrire un récit dans un paysage culturel particulier et d’affirmer une appartenance.
Yolanda Guillermina López Franco - Comparaison des langues dans les prénoms les plus attribués en France et au département de l’Ille-et-Vilaine en 2021 : identités plurielles
Cette communication introduisait une approche quantitative de l’anthroponymie contemporaine. À partir des prénoms les plus attribués en 2021, elle comparait la situation nationale française à celle de l’Ille-et-Vilaine. L’enjeu indiqué par le sous-titre - « identités plurielles » - est fondamental : le répertoire prénominal contemporain est désormais constitué de couches linguistiques diverses. Le choix d’un prénom peut refléter tradition régionale, circulation internationale, héritage migratoire, culture médiatique ou choix esthétique.
Les quatre communications occupaient les sessions 5 et le début de la session 6.
José Armando San Martín Gómez - Vers une approche de l’anthroponymie de la péninsule de Yucatán au XIXe siècle : les noms de famille en langue maya
La communication de José Armando San Martín Gómez s’inscrit dans un programme de recherche bien documenté sur l’anthroponymie historique de l’Amérique hispanique. Il a notamment étudié les noms propres dans les documents coloniaux du Honduras et du Haut-Pérou.
Le Yucatán ajoutait à cette perspective la question spécifique des patronymes mayas au XIXe siècle : permanence d’un système anthroponymique autochtone à l’intérieur d’un environnement administratif hispanophone, transformations graphiques éventuelles et articulation entre langue, identité et documentation officielle.
Les détails de ces mécanismes devront toutefois attendre la publication éventuelle du texte.
Adeline Darrigol - Politique linguistique et évolution de l’anthroponymie en Guinée équatoriale
Pour Adeline Darrigol, le rapport entre noms et pouvoir est particulièrement explicite. Ses publications antérieures démontrent comment la colonisation espagnole imposa l’espagnol dans l’enseignement, l’administration et la justice, tandis que les politiques postérieures à l’indépendance conduisirent notamment à l’africanisation de toponymes et d’anthroponymes.
Sa communication rennaise semble donc avoir déplacé vers l’anthroponymie une question qu’elle avait déjà étudiée en toponymie : comment l’État agit-il sur les noms afin de produire ou de réorienter une identité linguistique ?
Le nom apparaît ici comme un objet institutionnel et politique, et non seulement linguistique.
Mohammed Sabri - Les noms propres de lieux de la médina de Fès : entre onomastique urbaine, langues régionales et mémoire linguistique
La médina de Fès offrait un terrain particulièrement approprié au thème général. Un espace urbain ancien peut conserver dans ses noms de rues, quartiers, portes, marchés ou lieux d’activité des couches linguistiques correspondant à différentes périodes de son histoire.
En l’absence de texte retrouvé de cette communication, on peut seulement retenir avec certitude ce que son titre annonce : l’étude des noms de Fès comme mémoire linguistique de la ville.
Warda Ouchmika - Le patrimoine toponymique amazigh (berbère) et pressions linguistiques : processus de transformation au sud du Maroc
C’est l’une des communications pour lesquelles la recherche complémentaire permet d’aller beaucoup plus loin.
Warda Ouchmika a publié en 2024 une étude consacrée aux topolectes et technolectes d’hydronymie dans le patrimoine amazigh du territoire de Bani. Elle y analyse le vocabulaire hydronymique tachelhit du Sud marocain et montre que les noms liés à l’eau et à l’irrigation conservent à la fois un vocabulaire géographique, un vocabulaire technique spécialisé et des références culturelles amazighes.
La question posée à Rennes prend donc une profondeur particulière. Modifier, traduire ou remplacer un toponyme peut signifier bien davantage qu’adopter une nouvelle forme graphique. Ce qui risque de disparaître est parfois un fragment de connaissance collective sur le territoire.
Zied Smat - Les traces de l’oralité dans l’anthroponymie maghrébine : le nom propre, conservatoire paléodialectologique face au contact de langues
Le titre de Zied Smat reprend presque parfaitement le principe théorique qui sous-tendait tout le colloque : le nom propre comme « conservatoire paléodialectologique ».
Une forme anthroponymique transmise oralement peut conserver des traits phonétiques ou morphologiques que les variétés contemporaines ne présentent plus. Les contacts de langues ajoutent ensuite de nouvelles adaptations, transcriptions et réinterprétations.
Les cinq communications internationales de l’après-midi complétaient ainsi un ensemble remarquablement cohérent.
La deuxième journée montrait surtout ceci : les noms constituent l’un des endroits où le contact linguistique devient visible.
III. La Bretagne : non pas un cas particulier, mais un laboratoire
La troisième journée était entièrement consacrée à la « Richesse onomastique de la Bretagne ». Le choix était logique : la Bretagne offre un territoire où les rapports entre breton, gallo et français, mais aussi entre oralité et administration, christianisation et traditions plus anciennes, ont produit une stratification onomastique exceptionnelle.
L’appel au colloque avait d’ailleurs explicitement placé la Bretagne au centre du deuxième axe scientifique.
Philippe Brun - Le bassin de la Vilaine. Un aperçu d’hydronymie régionale
La journée commençait logiquement par l’eau. Les hydronymes appartiennent souvent aux couches les plus anciennes de la nomenclature d’un territoire et peuvent résister durant des siècles aux changements de langue.
L’expression prudente « un aperçu » indique que Philippe Brun proposait vraisemblablement un inventaire ou une typologie introductive du bassin de la Vilaine ; le programme ne permet cependant pas d’aller davantage dans le détail.
Alexandre Le Gall - Toponymie et langues régionales : de la nécessaire prise en compte du facteur humain qui singularise la dynamique des toponymes
Cette communication porte peut-être l’un des titres les plus théoriques du programme.
Le toponyme ne « change » pas seul. Ce sont des individus, familles, administrations, cartographes, municipalités et communautés linguistiques qui le transmettent, l’adaptent, l’oublient ou le remplacent.
Introduire le « facteur humain » signifie donc replacer la variation toponymique dans une sociolinguistique du nom.
Jacki Pilon - Les noms des champs, mémoire d’un Territoire. Une recherche collective dans deux communes du Trégor
La microtoponymie rurale constituait ici une forme d’histoire locale collective. Les noms de champs peuvent conserver la mémoire de l’usage ancien des sols, d’anciens propriétaires, du relief, de végétaux, de bâtiments ou de pratiques agricoles oubliées.
Mais la dimension la plus intéressante du titre est peut-être « une recherche collective » : l’enquête onomastique devient aussi une pratique de patrimoine participatif. Les habitants ne sont plus seulement les « informateurs » du chercheur ; ils participent à la sauvegarde de leur propre paysage nommé.
Les trois communications ouvraient la huitième session du colloque.
Frédéric Hérembert - En quoi la francisation menace-t-elle la toponymie celtique de la Bretagne ?
Cette communication peut être replacée avec précision dans les travaux antérieurs de son auteur. Frédéric Hérembert a déjà publié une étude intitulée « La disparition des toponymes bretons, prélude à un appauvrissement culturel majeur », consacrée aux transformations et à la disparition des formes toponymiques traditionnelles.
Ainsi, sa question rennaise ne semble pas seulement étymologique. Elle touche directement à la transmission patrimoniale : que perd-on lorsque la forme traditionnelle d’un nom est remplacée par une forme adaptée aux habitudes graphiques ou phonétiques françaises ?
Nicolas Buanic - En quoi la toponymie celto-bretonne a-t-elle enrichi le vocabulaire français ?
Nicolas Buanic inversait immédiatement la perspective précédente.
Il ne s’agissait plus de demander ce que le français avait fait aux noms bretons, mais ce que le breton avait apporté au français. Avec Serge Buanic, il a publié Les mots bretons dans la langue française : ce que le français doit au breton à travers 170 mots, ouvrage répertorié dans la bibliographie linguistique du breton.
Le programme mettait donc opportunément côte à côte deux mouvements historiques : pression du français sur le patrimoine toponymique breton et enrichissement du français par le breton.
Cette juxtaposition évite une représentation trop simple du contact linguistique comme processus exclusivement unidirectionnel.
Gildas Buron - La toponymie gallèse à l’ouest de la limite historique de la langue bretonne : le cas du pays guérandais
Le choix de Gildas Buron est particulièrement solide du point de vue historique. Ses recherches sur l’onomastique guérandaise remontent à plusieurs décennies, notamment son étude très détaillée de la microtoponymie du marais salant guérandais, publiée dans la Nouvelle revue d’onomastique en 1993 et 1994.
Il a également travaillé directement sur l’onomastique de Guérande.
La communication de Rennes paraît donc avoir abordé une question particulièrement intéressante pour la géographie linguistique : que révèle la présence d’éléments gallos au-delà d’une frontière linguistique que l’on pourrait être tenté de considérer comme trop nette ?
Le Pays guérandais devient ainsi un exemple de zone de transition, de contact et de superposition linguistique plutôt qu’une périphérie facilement classable.
Ces trois communications formaient la neuvième session.
IV. Quand les noms de personnes racontent une autre histoire de la Bretagne
La dernière session rapprochait toponymie, anthroponymie et littérature.
Tristan Loarer - « En ur adlenn Lili... » : Plougastel-Daoulas entre toponymes et anthroponymes
La recherche post-colloque apporte ici un élément inédit.
La page professionnelle de Tristan Loarer à l’Université Rennes 2 mentionne explicitement cette communication, les dates du XXIe Colloque et son titre. Plus intéressant encore, elle classe l’intervention parmi les « communications avec actes » et la signale comme « accepté, à venir ».
Cela ne suffit pas à prouver qu’un volume intégral d’actes du colloque paraîtra, ni à déterminer son éditeur ou sa date. Mais c’est à ce jour le meilleur indice public indiquant qu’au moins certains textes issus de Rennes sont destinés à une publication.
Le travail de Loarer autour de Plougastel-Daoulas semble ainsi devoir devenir l’une des premières communications que l’on pourra lire intégralement plutôt que reconstruire à partir de son titre.
Pierre-Yves Quémener - Nos ancêtres bretons portaient-ils des prénoms bretons ?
C’est surtout cette communication que la deuxième recherche permet désormais de documenter beaucoup plus précisément.
Un texte de Pierre-Yves Quémener daté de 2026 porte exactement le même titre. Il étudie le répertoire des noms dans le pays bretonnant entre le Xe et le XVIe siècle. Selon son résumé, les noms d’origine bretonne désignaient encore la grande majorité de la population aux Xe et XIe siècles, avant de reculer progressivement durant le bas Moyen Âge.
Mais le résultat le plus intéressant est ailleurs : les noms francs et les noms de saints qui les remplacent ne sont pas simplement adoptés sous leur forme extérieure. Ils sont fréquemment adaptés et « bretonnisés », ce qui conduit progressivement à la constitution d’un répertoire régional spécifique.
La bibliographie onomastique de Lexilogos référence désormais elle aussi ce travail parmi les nouveautés de 2026.
La question du titre appelle donc une réponse nuancée : oui, les Bretons ont largement porté des noms d’origine bretonne durant le haut Moyen Âge ; ceux-ci reculent ensuite, mais la bretonnité anthroponymique ne disparaît pas brutalement. Elle se déplace vers l’adaptation linguistique des noms importés.
Voilà précisément le type de résultat qui illustre le mieux le thème général du colloque : une langue peut laisser sa marque non seulement dans les noms qu’elle crée, mais dans la manière dont elle transforme ceux qu’elle reçoit.
Cédric Choplin et Myriam Guillevic - Jeux de noms, jeux de Bretons : quand les auteurs de littérature jeunesse en breton jouent avec l’onomastique
Enfin, Cédric Choplin et Myriam Guillevic refermaient le programme en ramenant l’onomastique vers la création contemporaine.
Leur collaboration sur la littérature jeunesse bretonne est bien attestée : ils ont notamment travaillé ensemble sur Littérature jeunesse en breton : d’une sphère l’autre, tandis que les travaux récents de Choplin interrogent les enjeux identitaires de l’écriture jeunesse en langue bretonne.
À Rennes, il s’agissait cette fois du jeu onomastique : noms humoristiques, transparents, allusifs ou culturellement codés dans les œuvres destinées aux jeunes lecteurs.
Ce choix de conclusion était finalement très approprié. Après deux jours et demi consacrés à ce que les noms ont conservé du passé, le colloque se terminait avec des auteurs qui créent aujourd’hui de nouveaux noms en breton.
La session 10 s’acheva à 16 heures avec la conclusion générale du colloque.
V. Ce que les 27 communications avaient en commun
À première vue, il pouvait sembler difficile de réunir dans un seul colloque l’Aubrac, les vignobles, Giono, Marseille, la Flandre littéraire, les patronymes mayas du Yucatán, la Guinée équatoriale, la médina de Fès, le Sud marocain et Plougastel-Daoulas.
Pourtant, le programme révèle au moins cinq fils directeurs.
Premièrement, le nom comme archive linguistique.
Calvet, Taverdet, Gendron, Bouvier, Ouchmika, Smat ou Buron montrent, chacun sur un terrain différent, qu’un nom peut préserver des formes que la langue courante ne conserve plus.
Deuxièmement, le nom comme mémoire du territoire.
Collomb, Tamine, Brun et Pilon mettent en évidence les informations que les noms apportent sur les routes, l’agriculture, les cours d’eau, les champs et les usages humains du paysage.
Troisièmement, le nom comme produit du contact des langues.
Luneschi, Peytavi Deixona, San Martín Gómez, Darrigol, Ouchmika, Smat, Hérembert et Buron travaillent tous, directement ou indirectement, sur ce qui arrive aux noms lorsque plusieurs systèmes linguistiques partagent le même territoire.
Quatrièmement, le nom comme instrument d’identité.
Les patronymes catalans, les prénoms contemporains, les noms mayas, les politiques anthroponymiques de Guinée équatoriale et la toponymie bretonne démontrent que nommer n’est jamais complètement neutre.
Enfin, le nom comme création culturelle.
Bahej, Pire, Rivière, Loarer, Quémener, Choplin et Guillevic rappellent que l’onomastique ne concerne pas uniquement les vestiges d’un passé figé : les systèmes de noms continuent à être produits, remodelés et réinterprétés.
Des noms qui survivent aux mondes qui les ont produits
S’il fallait retenir une seule idée du programme rennais, ce serait peut-être celle-ci :
un nom propre n’est jamais seulement une étiquette.
Il peut contenir un mot disparu.
Il peut conserver une prononciation que plus personne n’emploie ailleurs.
Il peut indiquer où passait un ancien chemin, comment un champ était utilisé ou quelle langue parlait autrefois une communauté.
Il peut être traduit, francisé, hispanisé, normalisé ou réinventé.
Il peut même changer de langue tout en conservant quelque chose de sa forme précédente.
C’est pourquoi l’onomastique apparaît, à travers le programme du XXIe Colloque de Rennes, moins comme une discipline consacrée aux curiosités étymologiques que comme une science de la mémoire linguistique des sociétés.
De l’Aubrac au Yucatán et du Maroc à la Bretagne, ces vingt-sept communications racontaient au fond la même histoire : les langues peuvent reculer ou disparaître, mais leurs noms leur survivent souvent - à condition que nous sachions encore les écouter.
Liens et documents
Sur le colloque : Appel à communications – FELCO, « Onomastique et langues régionales » · Première circulaire du XXIe Colloque – Fabula · Calendrier international des conférences – ICOS · Annonce antérieure sur e-Onomastics · Annonce Alt128.
Travaux directement utiles pour comprendre certaines communications : Tristan Loarer – page professionnelle de Rennes 2 et communication « accepté, à venir » · Pierre-Yves Quémener – « Nos ancêtres bretons portaient-ils des prénoms bretons ? » · Bibliographie onomastique bretonne – Lexilogos · Isabelle Collomb – présentation de la thèse sur la microtoponymie des Causses du Quercy · Warda Ouchmika – « Topolectes et technolectes d’hydronymie dans le patrimoine amazigh » · Adeline Darrigol – travaux sur les identités linguistiques et les toponymes de Guinée équatoriale · José Armando San Martín Gómez – anthroponymie historique du Honduras · Gildas Buron – microtoponymie du marais salant guérandais · Cédric Choplin – page professionnelle Rennes 2.